• agathe657

Perte d’autonomie d’un proche : les conséquences sur la vie d’un aidant

Mis à jour : mai 21

ITW de Mélissa-Asli Petit


Mélissa-Asli Petit est Docteur en sociologie, spécialiste des seniors et des enjeux du vieillissement. A travers Mixing Générations, son cabinet d’études et de conseil sur les questions de longévité lancé en 2015, Mélissa-Asli s’attèle quotidiennement à briser les stéréotypes sur l’âge et à créer des ponts entre les générations. Une expérience et une bienveillance envers les seniors qu’elle partage, en 2016, dans un ouvrage « Les retraités, cette richesse pour la France » (aux éditions L’Harmattan).


Dans le cadre de la rédaction de votre livre paru en 2016, vous avez été amenée à rencontrer de nombreuses personnes se retrouvant dans ce rôle d'aidant pour leurs ainés. Quelles sont les principales tendances de fond que vous avez pu observer ?


Mélissa Petit : « Avant toute chose, concernant le sujet des aînés et des aidants, il est intéressant de constater que l'on assiste aujourd’hui à un phénomène de masse. C’est la génération des baby-boomers qui est maintenant confrontée au très grand âge de ses parents. Certes, de tout temps, les gens ont dû gérer la fin de vie de proches, et les tracas qui s'ensuivent. En revanche, aujourd’hui, c’est le nombre de personnes confronté à la perte d’autonomie qui est bien plus important qu’avant. En effet, au sens de l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie), l’âge moyen de perte d’autonomie est de 83 ans. Seuls 8% des plus de 60 ans sont dépendants, et cela concerne seulement 20% des plus de 85 ans. En proportion ce chiffre de 20% n’a pas tellement évolué mais dans l’absolu, ce chiffre augmente.


Il faut noter des changements conséquents sur :

  • L’âge auquel les aidants sont confrontés à la dépendance et au décès de leur aînés. En effet, les baby-boomers font face à ces sujets plus tard dans leur vie que les générations précédentes.


  • La durée durant laquelle cette génération va vivre la dépendance de leurs proches. Cette durée est en hausse, et cela s’explique par l'allongement de la durée de vie et les progrès de la médecine. Grâce à cela, aujourd'hui beaucoup de personnes âgées vivent plus longtemps avec de multiples pathologies.


  • La façon dont cette problématique est gérée à cause de l’éloignement géographique. En effet, dans une société de surconsommation, mondialisée, dans laquelle les gens déménagent régulièrement, les enfants peuvent être éloignés de leurs parents. »

Le profil des aidants d'aujourd'hui


Quel est le lien de parenté qui unit le plus souvent les aidants et les aidés ?


Mélissa Petit : « Il s’agit la plupart du temps du conjoint, puis des enfants. Majoritairement des femmes (à hauteur de 58%). »


Traditionnellement, dans l'imaginaire collectif, on pense que c’est plutôt la fille qui va s’occuper de ses parents âgés. Avez-vous pu le constater dans vos études ?


Mélissa Petit : « Tout à fait, j'ai effectivement pu le constater de manière empirique grâce à mes différents travaux. J’ai récemment réalisé une étude sociologique pour une grande marque (Leroy Merlin Source) sur l’aménagement du logement des jeunes retraités. Les personnes interrogées se retrouvaient parfois obligées de s’occuper du logement de leurs parents. Il a été très intéressant de constater cette différence entre les hommes et les femmes : lorsqu’un homme devait aménager le logement de ses parents (lors d’une entrée en EHPAD ou d’un décès), c’est la plupart du temps le couple marital qui investissait cette mission. En revanche, lorsque c’était une femme qui devait réaliser les mêmes travaux, elle s’en occupait souvent seule. Finalement, dans cette étude, la femme s'investissait seule pour ses parents, tandis que l’homme s’investissait en couple. »

Qu’est-ce qui a changé dans la sociologie des aidants entre maintenant et depuis 50 ans ? Est-ce que l’éloignement géographique a eu un impact ?

Mélissa Petit : « Comme je le disais tout à l’heure, les maladies ont un impact. Aujourd’hui, une majorité d’entre elles deviennent chroniques donc les gens vivent plus longtemps, mais pas forcément en meilleure santé.

Auparavant les individus faisaient partie d’une communauté : religieuse, sportive, de village, de commune. Ce qui a changé, c’est le délitement complet de cette notion de communauté, de lien communautaire.

Enfin, le lien familial a également éclaté (augmentation du nombre de divorces, éloignement géographique, etc.).

L’étude des Petits Frères des Pauvres de 2017 met bien le doigt dessus ! Ce sont 32 % des plus de 60 ans qui n’ont personne avec qui parler de sujets personnels (un score qui monte à 39 % auprès des 75 ans et plus). »


L'impact du rôle d'aidant sur la vie quotidienne


Au quotidien, on perçoit que s'occuper d'un aîné peut être très impactant. Quels sont ces principaux impacts ?


Mélissa Petit : « Ces impacts sont avant tout médicaux : il apparaît que 30% des aidants décèdent avant les aidés. Il y a des pathologies qui apparaissent du fait d’être aidant (se lever la nuit, porter des charges lourdes etc.). Par ailleurs, endosser le rôle d'aidant peut engendrer une perte de revenus (voire une perte d’emploi) ainsi qu'un desserrement des liens avec son noyaux familial (l'aidant ayant moins de temps à consacrer à sa propre vie de famille). »

Quels sont les autres impacts moins évidents ?


Mélissa Petit : « Au-delà de l’aspect médical, il y a des conséquences sociales. Pour le conjoint, le rayon de sociabilité peut avoir tendance à se réduire. Je pense à cette femme qui prenait soin de son mari atteint la maladie d’Alzheimer, elle ne pouvait sortir que dans des temps très limités de la journée, et jamais plus de quelques heures. Elle ne pouvait et ne voulait pas non plus recevoir d’amis à son domicile. Peu à peu, cette situation a créé un grand isolement. »


Existe-t-il des solutions pour pallier ces impacts ?


Mélissa Petit : « En 2030 nous vieillirons entourés de gens qui nous ressemblent, dans un univers qui nous rapproche. Au-delà des différences d’âges, ce sont les centres d’intérêt, les liens affinitaires qui seront vecteurs de lien social. »

Sources


https://solidarites-sante.gouv.fr/archives/loi-relative-a-l-adaptation-de-la-societe-au-vieillissement/article/personnes-agees-les-chiffres-cles)


https://www.petitsfreresdespauvres.fr/informer/nos-actualites/solitude-et-isolement-quand-on-a-plus-de-60-ans-en-france-en-2017







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